Le sourire d’une mère

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Pour écoute personnelle uniquement 

Note : ce récit court est un extrait de roman. Le fichier mp3 présente un texte préparatoire. La partie écrite presente une version retravaillée.

Deux policiers communaux arrivèrent dans la soirée. L’un d’eux lut le procès-verbal, puis examina mon visage. Il se tourna vers la mère.
— C’est le garçon que vous voulez faire emmener ?
— Oui.
— Pas l’homme qui l’a frappé ?
 Le Légionnaire alluma une Gauloise. La mère fixa le téléphone.
— Le garçon, répéta-t-elle. Le juge décidera.
 Les policiers me gardèrent toute la nuit sur un banc de la salle de permanence du commissariat.

Je ne parvenais pas à dormir. Le banc me faisait mal. Chaque fois qu’une porte s’ouvrait, je levais la tête. Les policiers parlaient de moi. J’entendais mon nom, celui de ma mère et celui du Légionnaire. 

Au matin, je portais encore les vêtements de la veille. Je n’avais pu ni me laver ni déjeuner.

Deux gendarmes vinrent me chercher. Ils me firent monter dans une camionnette blanche barrée d’orange, surmontée d’un gyrophare bleu.

Je m’assis à l’arrière. La camionnette quitta les faubourgs et roula vers le centre de Bruxelles. Les gendarmes ne me dirent pas où ils m’emmenaient.

Nous entrâmes dans un grand bâtiment. Un ascenseur nous conduisit au septième étage. 

Ma mère était déjà dans le couloir. Je la vis entrer dans un bureau. La porte se referma derrière elle.

Je restai assis dans le hall, sous la surveillance des deux gendarmes. Quand je bougeais les pieds, leurs regards suivaient le mouvement.

Je gardais les yeux sur la poignée de la porte. J’attendais que ma mère ressorte. Je voulais voir son visage.

L’attente me parut interminable. Personne ne m’adressa la parole. Derrière la porte, des voix s’élevaient parfois, puis retombaient. Je ne distinguais aucun mot.

— Je peux aller aux toilettes ?

L’un des deux gendarmes m’y accompagna. Il attendit derrière moi. Lorsque je revins vers le banc, il me suivit pas à pas.

Je regagnai ma place. Le gendarme s’assit à côté de moi. Je compris alors que je ne pouvais plus faire un pas sans être surveillé.

La porte du bureau demeurait fermée.

Plus d’une heure s’écoula. Enfin, la porte s’ouvrit.

Ma mère sortit. Elle ne dit rien. Elle me regarda fixement en souriant. Elle paraissait soulagée. Puis elle s’écarta pour me laisser entrer.

La pièce était enfumée. Un homme était assis derrière le bureau. J’ignorais qui il était.

Ma mère lui avait parlé avant moi. Je ne savais ni ce qu’elle lui avait demandé ni ce qu’il lui avait répondu.

L’homme me regarda.

— Tu n’iras jamais vivre chez ton père. Est-ce que tu t’en rends compte ? C’est un juge qui a confié ta garde à ta mère, et cela ne changera pas. Est-ce que tu m’as bien compris ?

Je restai debout devant le bureau.

— Il va falloir te calmer. Écoute-moi bien. Les choses sont simples. Soit tu rentres chez toi avec ta mère, tu obéis à ton beau-père et je n’entends plus parler de toi, soit tu pars aujourd’hui en colonie de vacances. Là, il te sera loisible de réfléchir cet été. Alors, qu’est-ce que tu choisis ?

Pour moi, partir en colonie de vacances, c’était m’amuser, me faire des copains, changer d’air et échapper à la tyrannie du Légionnaire.

— Alors, qu’est-ce que tu choisis ?

— Est-ce que je pourrai faire suivre mes abonnements à Tintin et à Spirou ?
— Oui, pas de problème.

Je ne posai pas d’autre question. Je pensai aux feuilletons que je retrouverais dans les prochains numéros. Cette seule pensée me rassura. Je voulais aussi tenir tête à la mère et lui montrer que je ne me laisserais plus faire par le Légionnaire.

Il était environ onze heures. J’aurais quatorze ans vingt-sept jours plus tard.

La porte du bureau s’ouvrit de nouveau. La fumée de cigarette déborda dans le couloir et me piqua les yeux. Je ne savais toujours pas que cet homme était un juge.

Ma mère se tenait près des deux gendarmes. Elle souriait encore, sans joie ni tristesse.

Je m’arrêtai devant elle. Je ne comprenais pas ce sourire. Elle se pencha vers moi pour me dire au revoir.

Je l’embrassai. Sa joue était froide.

— Par ici.

Un gendarme me prit par le bras. Plus tôt dans la matinée, les deux hommes m’avaient parlé doucement. Maintenant, leurs phrases tombaient plus sèches, plus courtes. J’eus un pincement au cœur.

— Avance.

Sa main se resserra au-dessus de mon coude. À présent, j’avais peur. Je tournai la tête. Ma mère n’avait pas bougé. Elle souriait toujours.

Nous ne ressortîmes pas par l’entrée principale. Les gendarmes me conduisirent par la cage d’escalier jusqu’à une petite porte dérobée. L’un d’eux l’ouvrit. La rue des Quatre-Bras apparut d’un coup, sous une lumière de printemps. J’étais terrassé de fatigue.

La camionnette attendait contre le trottoir. C’était le même Combi Volkswagen de la gendarmerie. Le moteur tournait. La tôle vibrait légèrement. Ma peur grandit encore.

Ils pressèrent le pas. Je dus suivre. La main ne quitta pas mon bras.

Un gendarme fit coulisser la porte latérale.

— Monte à l’arrière.
— Où allons-nous ?

Il garda la main sur la porte.

— Monte.

Je posai un pied sur le marchepied, puis l’autre. À l’intérieur, deux banquettes grises se faisaient face, de part et d’autre d’une petite table en formica. L’habitacle sentait la poussière, le similicuir usé et le métal.

Je m’assis. La banquette était dure. Je compris alors ce qui avait changé : je n’étais plus libre, et ce qui allait m’arriver ne dépendait plus de moi.

La porte glissa sur son rail, puis heurta le butoir. Le bruit me traversa la poitrine.

Les deux gendarmes prirent place à l’avant. Le véhicule démarra. Par la vitre, le quartier du palais de justice défila, puis disparut.

Nous traversâmes l’avenue Louise. Puis vinrent l’avenue Franklin Roosevelt et le boulevard du Souverain.

— C’est loin ?

Les gendarmes poursuivirent leur conversation. Aucun ne se retourna.

— Où est cette colonie ?

Le moteur couvrit ma voix. Je posai les mains à plat sur la banquette pour ne pas glisser dans les virages.

Le Combi s’engagea sur la route nationale. Je lus les panneaux bleus. Namur. Luxembourg. Les immeubles de la ville s’espacèrent. Des talus, des champs et des rangées d’arbres prirent leur place. À mesure que Bruxelles s’éloignait, je me sentais de plus en plus mal.

Près de Gembloux, je reconnus une ancienne entreprise de mon père. Je n’y étais allé qu’une fois. Le grand bâtiment blanc passa derrière nous. À l’avant, la conversation continuait. À plusieurs reprises, les gendarmes échangèrent à mon sujet sur un ton qui me parut péjoratif. C’était comme si je n’étais pas là.

— Je voudrais savoir où vous m’emmenez.

Le conducteur changea de vitesse. L’autre gendarme répondit à une phrase que je n’avais pas entendue. Aucun des deux ne s’adressa à moi.

À l’approche de Namur, nous quittâmes la route nationale. Les abords de la ville étaient presque silencieux en ce dimanche. Nous traversâmes le faubourg de Belgrade et passâmes devant un second bâtiment industriel qui avait appartenu à mon père. Sa façade de béton me parut interminable. Elle s’éloigna, elle aussi.

La route devint plus étroite. Le Combi pencha dans une courbe. Des maisons basses alternaient avec des champs. Un panneau annonça la commune de Temploux, puis vint le village de Suarlée. Un vaste parc s’ouvrit enfin devant nous. Il était vide.

Au bout de l’allée se dressait un austère bâtiment de brique. Cinq étages. Une façade d’une centaine de mètres. Je cherchai du regard une entrée, une enseigne, des enfants jouant dehors. Je ne vis personne.

Le Combi pénétra dans une cour. Une multitude de visages apparut aux fenêtres. Des enfants et des adolescents pressaient leur front contre les vitres. Ils suivirent la camionnette des yeux jusqu’à son arrêt.

La porte latérale s’ouvrit. L’air de la cour entra dans la camionnette.

— Descends.

À présent, les gendarmes me parlaient comme à un détenu.

Mes jambes étaient engourdies par le voyage. Je posai le pied au sol. Lorsque je levai la tête, les visages étaient toujours là.

On me conduisit dans le bureau du directeur. Il leva distraitement les yeux, me considéra quelques secondes, puis revint aux papiers posés devant lui.

Je compris qu’il n’y aurait pas de colonie de vacances.

À la lingerie, on me prit les vêtements que je portais. Ils étaient à la mode. Je les avais choisis avec soin. Je les vis disparaître derrière un long comptoir de bois.

On me tendit un pantalon de velours beige délavé. Des taches de Javel marquaient les genoux. Des pièces de tissu recouvraient les accrocs. La chemise jaune clair était usée au col. Le pull de laine grise était rêche et parsemé de trous.

Je me changeai. Je rabattis les manches du pull. La laine me grattait les poignets. Ce qui me gêna le plus, ce furent les chaussures de cuir noir, usées et sans lacets.

Un employé, que je pris pour un comptable, me reçut ensuite dans un petit bureau. Il tendit la main presque sans dire un mot. Je lui remis ma montre et mon argent. Il posa la montre devant lui, compta les pièces et les billets, puis me remit un reçu.

Un large cachet à l’encre bleue couvrait le papier. Je lus : ministère de la Justice. Sauvegarde de la Jeunesse. Centre semi-fermé de Suarlée.

 Je m’arrêtai sur les mots « Sauvegarde de la Jeunesse », qui m’effrayèrent plus que tous les autres.

Une assistante sociale vint me chercher. Sa voix était douce, presque rassurante. Elle m’expliqua que j’allais avoir un choc.

— Viens avec moi.

Elle me conduisit jusqu’au local E. Le directeur m’avait affecté au groupe 11. Des voix venaient de l’autre côté de la porte.

L’assistante sociale ouvrit. Je pliai le reçu. Puis j’entrai.

Une quinzaine d’adolescents se tournèrent vers moi. Ils formèrent bientôt un cercle. Leurs regards étaient à la fois curieux et moqueurs. Le local était en pleine effervescence. J’appris qu’un enfant venait de tenter de se suicider en avalant des épingles à coudre. Le surveillant-éducateur de service, Jean-Marie, était absent.

Il n’y avait dans la pièce que quelques chaises, deux tables, des casiers et une armoire éventrée. Les murs étaient nus et sales. L’armoire contenait une cinquantaine d’exemplaires d’un même numéro de Tintin. Aucun livre, aucun jeu, pas un disque. Un vieux poste de télévision était placé en hauteur. Il ne fonctionnait qu’une demi-heure par jour, pour le journal télévisé.

— Qui est ton juge ? demanda l’un d’eux avec un accent que je ne reconnus pas.

— Je ne sais pas.

— Les éducateurs disent que c’est Van Stappen, répondit un autre.

— C’est le pire à Bruxelles. Pour un oui ou pour un non, il peut t’envoyer à Mol ou à Brasschaat, ajouta un troisième.

C’est ainsi que j’appris que l’homme du bureau était un juge et qu’il s’appelait Van Stappen.

— Est-ce que tu as des cigarettes ?

— Je crève de cigarettes, ajouta un autre.

— Il n’a même pas une cigarette !

Au fond du local, un garçon un peu plus âgé se tenait à l’écart. Il n’était pas vêtu de haillons comme nous. Il était bien habillé, en jean et en pull marin rayé. La gendarmerie venait de le ramener de Mol, où il avait passé trois mois à l’isolement, dans une cellule. Il s’était arraché presque tous les cheveux. Son regard était fixe. Il ne disait rien. Il me faisait peur.

Le groupe avait son héros, sa légende. Jean-Pierre était en cavale depuis deux mois. La dernière fois, la police française ne l’avait rattrapé qu’à Marseille.

Vint l’heure de mon premier souper au réfectoire. On me prit mon lait, mon sucre et la tranche de pain d’épices qui tenait lieu de dessert. On m’avait placé à côté de Dominique, un orphelin de quinze ans surnommé « le Dougan ». Son odeur était insupportable. Il ne s’était plus lavé depuis longtemps.

Fin de l’extrait

Texte en préparation

Cette péripétie fut le début de trois longs mois sans aucune nouvelle de ma famille. J’ignorais tout du sort que le juge me réservait. L’argent que j’avais remis au comptable me permettait d’acheter, à la cantine du mercredi, des cigarettes qui me servaient de monnaie d’échange, des bonbons et du chocolat.

Les autres garçons venaient de villages du Borinage et du Pays noir. J’étais le seul Bruxellois. Certains de leurs mots m’échappaient. Mon accent, les intonations de ma voix et mes manières différaient. Pour eux, je venais d’ailleurs. Je n’étais pas des leurs.

Je devins le souffre-douleur du groupe. En juillet, nous fûmes envoyés dans un camp militaire près de Gouvy, en Ardenne. Les coups y furent réguliers, les humiliations incessantes. Les éducateurs voyaient. Ils n’intervenaient pas.

Nous passâmes le mois d’août à la côte, dans le quartier militaire de Lombardsijde. Ce fut un peu moins terrible. Je commençai à comprendre comment le groupe fonctionnait. Tous les matins, nous étions au garde-à-vous sur le parade ground, la place d’armes du camp. Le directeur du centre jouait au général. Il nous appelait les « ab-humains ». Il riait. Les punitions se succédaient.

Je me rapprochai de Jacques qui n’était pas violent. Tu dois t’éloigner de lui. Il est schizophrène, me dit Jean-Marie, l’éducateur.

Je sympathisai alors avec Patrick, le caïd qui imposait sa loi au groupe. Je me fis son confident, son « conseiller ». Sa protection me mit à l’abri des autres. Personne ne lui résistait. À table, on nous donnait une bouteille d’un litre et demi de lait pour quinze. Il la vidait au goulot, devant l’éducateur Jean-Marie qui ne disait rien.

Aucun des quatre-vingts enfants et adolescents en âge d’être scolarisés que comptait le centre ne fréquentait une école. Pendant la journée, on les employait à des travaux de manutention pour le compte d’entreprises clientes de Caritas Catholica. Je fus dès le début dispensé de ces travaux. Jamais je ne pus entrer dans l’atelier.

Ma mère exigea du juge que je sois scolarisé à Namur. L’assistante sociale sollicita plusieurs établissements, qui refusèrent de m’inscrire parce que j’étais un « enfant du juge ». Ce n’est qu’après avoir reçu ma mère que le directeur de l’Institut Saint-Aubain, rue de Bruxelles, finit par m’accepter comme élève.

Guy, fils d’un directeur d’école, et Jacques, dont la mère travaillait à la direction d’une grande entreprise, furent également scolarisés. Nous devînmes ainsi les trois seuls pensionnaires du centre à fréquenter l’école. Guy était caractériel et Jacques avait été victime de débauche de mineur.

Je voulais suivre des études artistiques. Ma mère s’y opposa. On m’imposa les humanités classiques.

Durant cette année scolaire, un seul camarade de classe m’adressait la parole. Il s’appelait Angelo. Il était italien et vivait dans un quartier déshérité de Namur. Les autres ne voulaient ni s’asseoir à côté de moi ni m’accepter dans leurs jeux pendant les récréations.

Au début, je portais en classe les loques du centre. Les professeurs avaient honte de moi. Ils me laissaient livré à moi-même. Guy, Jacques et moi fûmes autorisés à porter des vêtements civils. Chaque nuit, je les gardais sous mon matelas, dans le dortoir, pour qu’on ne me les vole pas.

Au centre, les adolescents de mon groupe me provoquaient jusqu’à la bagarre, fracturaient la porte de la pièce qui m’avait été attribuée pour étudier, y mettaient le feu et volaient mon matériel scolaire. On me reprochait de pouvoir « aller à l’école ».

En septembre 1974, mon juge refusa d’ordonner ma « libération ». Il me maintint au centre sans fixer de date de sortie. Je vécus dès lors dans la crainte d’y demeurer jusqu’à ma majorité. Les avocats de mes parents intervinrent auprès du tribunal.

En 1975, le juge Zouteman remplaça le juge Van Stappen. Il reçut mon père, l’écouta, puis prononça enfin mon élargissement. Le placement en institution avait duré sept mois.

Le jour de mon départ, ma mère m’attendait dans une Porsche blanche, garée dans la cour du centre. Elle souriait au volant. Aux fenêtres, les adolescents sifflaient. Ils la trouvaient belle. Patrick le caïd pleurait. Sa famille d’accueil venait d’annoncer à son juge qu’elle renonçait à l’adopter. Patrick, le plus fort du groupe, était lui aussi un adolescent abandonné.

Lorsque je retrouvai ma famille après ma sortie du centre, seuls mes grands-parents pleurèrent. Beaucoup de mes proches me rejetèrent, comme si ma seule présence les contraignait à regarder en face ce qui m’était arrivé.

Plus de cinquante années ont passé. Le visage en larmes de Patrick me revient régulièrement. Ce jour-là, je quittais le centre ; Patrick, devenu mon ami, y restait jusqu’à ses dix-huit ans.

Images : Arrivée dans le groupe 11, local E; Attente au tribunal de la jeunesse, compositions numériques originales réalisées d’après le texte avec l’assistance de l’intelligence artificielle ; Centre semi-fermé de Sauvegarde de la Jeunesse à Suarlée (commune de Temploux), photographie d’archive colorisée. À partir de la droite, au premier étage, les cinquième et sixième fenêtres sont celles du « local E », affecté au « groupe 11 ». La huitième est celle du bureau, fracturé et incendié à plusieurs reprises, qui nous avait été attribué pour faire nos devoirs et étudier. Deux étages plus haut, sous les combles droits, se trouvait le dortoir du « groupe 11 ». À l’entresol, dans la même aile, les ateliers d’occupation qui remplaçaient l’école se trouvaient à gauche ; le réfectoire, dont l’odeur me poursuit encore, se trouvait à droite.

Musique associée: « Le Sacre du printemps », Igor Stravinski.

© Philippe-Raymond Brasseur — auteur — brasseur-lettres.fr — Tous droits réservés.

Philippe-Raymond Brasseur est un auteur de langue française. Il publie sur brasseur-lettres.fr des récits, fragments et méditations consacrés au trouble du réel, à la mémoire et à l’exil intérieur.