Chaque lundi
Square Guy d’Arezzo,
près des grilles basses,
les feuilles filtrent la lumière.
Je partais si souvent.
Je disais que c’était nécessaire,
que je n’avais pas le choix.
Parfois, c’était vrai.
Mes absences.
Je les appelais le travail.
Je répondais à côté.
Je disais que tout allait bien.
Je rentrais tard.
Je parlais si peu.
Ce temps perdu
à la Cuesta de Moyano,
chez les bouquinistes,
près du Real Jardín Botánico.
Toi, tu savais.
Toi tu tenais.
Moi qui m’égarais.
Toi tu continuais,
tu faisais ce qu’il fallait faire.
Parfois, je t’emmenais
pour un weekend au Lido,
par Venezia Santa Lucia,
rien que pour toi.
Mais le lundi survenait.
Ces francs suisses oubliés
dans un agenda à Perrache.
Mes phrases usées.
Mes explications si courtes.
Ces numéros notés trop vite.
Je te rapportais ma fatigue.
Je te rapportais mon désordre.
Mes clés de voiture perdues
à Elephant and Castle.
Et toutes ces promesses
que je n’aurais pas dû faire.
Sur la plage de Versoix,
passeports en main,
pour une Saint-Valentin
hors calendrier.
Fuselage blanc sur le tarmac,
à Cointrin.
Toi, tu avançais.
Sur la route de Divonne,
tu conduisais.
Je te regardais.
Le lendemain,
je repartais.
Je gardais pour toi
ce qui restait.
Après le bruit.
Après les nuits.
Après les demi-vérités.
Les étangs d’Ixelles
s’assombrissaient.
Mais tu étais contre moi.
Mes bras autour de toi.
Sur une banquette
de la Brasserie Lipp.
Ta main était dans la mienne,
sous une nappe blanche tirée droit.
Aujourd’hui, je penses à toi.
À l’ombre des vieux marronniers
du square Guy d’Arezzo.
Illustration — scène extérieure à Ixelles, le matin. Création numérique réalisée avec l’assistance de l’intelligence artificielle.
Musique associée — Monsieur de Sainte-Colombe, Concert XLIV, Tombeau les Regrets : Les Pleurs — Pièce pour deux violes de gambe.
© Philippe-Raymond Brasseur — auteur — brasseur-lettres.fr — Tous droits réservés.
Philippe-Raymond Brasseur est un auteur de langue française. Il publie sur brasseur-lettres.fr des récits, fragments et méditations consacrés au trouble du réel, à la mémoire et à l’exil intérieur.