Sphère brûlante

I

Je cherche Paris,
entre le château, à Buda,
et Saint-Étienne,
à Pest.

Sans toi,
au Café Callas.

Disparue,
tu es toujours là.

Sphère brûlante,
toi que l’abîme
ne prend pas.

II

6 h 40 à Bruxelles-Midi.

International Herald Tribune
chiffonné,
café pressé,
manteau humide,
trolley cabine
coincé sous un siège.

Plaine de Somme
à ras de pluie.

8 h 05,
Paris-Nord.

Trottoirs mouillés.

Attente.
Taxis.
Souches, reçus.

Trajet
répété jusqu’à l’usure.

III

Boulevard de Magenta.

La ville recommençait.

Concorde.
Parking.
Carte.
Douleur dans mon corps.

France Culture
à l’autoradio.

Clients.
Main tendue.
Bouche sèche.

Estomac bloqué
sur la nationale 104.

Debout au bar,
jour de marché
à Vincennes.

Boulevard de Sébastopol,
avant Réaumur,
après Châtelet.

Migraine à Madeleine,
retour à Montparnasse.

Tournées bouclées.
Chiffres.

IV

L’avant-midi nous menait
d’Odéon
à la rue du Bac.

Arguments
à Sèvres-Babylone.

Erreur
à Varenne.

Contrats.
Papiers.

Ulcère au bord du déjeuner.
Mes pieds brûlaient.
Dos usé.

V

Nous rêvions
de refuges discrets.

Nous rêvions
près de l’École militaire,
dans des chambres
où rien
ne nous appartenait.

Vue sur cour étroite
que je ne voyais pas,
que tu ne regardais pas.

Sphère brûlante,
tu étais là.

VI

Sorties au théâtre.
Pour un oui ou pour un non
à l’Atelier.

Le Dieu du carnage
au Théâtre Antoine.

Métro Opéra.

Grand escalier,
loge.

Vissi d’arte,
vissi d’amore.

Des voix
se mêlaient
à nos silences.

Le Café de la Paix
pour un dîner tardif.

VII

Retour
par les quais.

Pont Alexandre III.

Fatigue
collée à nos corps.

Repos
à La Motte-Picquet.

Notre chambre
où ton tailleur tombait.

VIII

J’erre ce soir.

La Bourdonnais
ne répond plus.

Figaro
ne chante plus.

Beaumarchais
n’écrit plus.

Ta main
était dans la mienne.

Sur Andrássy.

Disparue,
tu es toujours là.

Sphère brûlante,
toi que l’abîme
ne prend pas.

Musiques associées — Max Richter, On the Nature of Daylight.

Illustrations — Usure et boule au ventre à Paris, avant le départ du TGV de 20 h 55 (1998–2008). Création numérique réalisée à partir de souvenirs de l’auteur, avec l’assistance de l’intelligence artificielle.

© Philippe-Raymond Brasseur — auteur — brasseur-lettres.fr — Tous droits réservés.

Philippe-Raymond Brasseur est un auteur de langue française. Il publie sur brasseur-lettres.fr des récits, fragments et méditations consacrés au trouble du réel, à la mémoire et à l’exil intérieur.

Un homme monte dans un taxi sur un boulevard parisien au crépuscule, les lumières se reflétant sur la chaussée mouillée.