Étoile de la Mer

Laaroussi,
le temps passe.
Certains visages restent.
Ils accompagnent.

Hassan Laaroussi,
large d’épaules,
la vie t’avait donné la force.

Dans ton regard demeurait
cette marque de la guerre.

Tu entrais chez nous
comme dans ta maison,
là où ta place allait de soi.

Ta dignité familière
était le courage d’un homme,
celui qui se tient debout
et répond de sa tâche.

Séparé des tiens par la mer,
tu portais en toi
le poids de l’exil.

Tes frères d’armes,
ceux que tu avais crus tes compagnons,
s’étaient retournés contre toi.

Souviens-toi, Laaroussi,
de ton long voyage,
des marins de Zeebruges.

Souviens-toi
de la chapelle Stella Maris,
de Notre-Dame, Étoile de la Mer.

Nous ne t’avons pas oublié.

Moi,
je ne t’oublie pas.

Notre mère t’avait entendu.
Elle t’avait écouté.
Et nos chemins s’étaient rejoints.

Tu faisais ton ouvrage
sans jamais céder ta place.

Dans tes yeux,
parfois grands ouverts
sous l’effet d’une alarme ancienne,
demeurait l’empreinte
des révoltes passées.

Enfant,
je t’admirais,
toi qui veillais,
toi le compagnon de jeu,
toi l’invincible.

J’en savais déjà long,
sans tout comprendre encore.

Dans ce que ma vie
est devenue,
je reconnais en toi
quelque chose
de ma propre errance.

Si des épreuves
nous séparaient,
l’essentiel
nous rassemblait.

Notre affection vivait.

Nous étions l’un pour l’autre
des alliés.

Et chacun tenait
à cette amitié.

Image: Chapelle Stella Maris de Zeebrugge en arrière-fond. Composition numérique originale réalisée à partir de photos avec assistance d’intelligence artificielle — Deux photographies extraites d’un album familial, Ixelles, 1966, Pierre-Alexis Brasseur, Hassan Laaroussi, Philippe-Raymond Brasseur.

© Philippe-Raymond Brasseur — auteur — brasseur-lettres.fr — Tous droits réservés.

Philippe-Raymond Brasseur est un auteur de langue française. Il publie sur brasseur-lettres.fr des récits, fragments et méditations consacrés au trouble du réel, à la mémoire et à l’exil intérieur.